Tout commence par un joging dans le bois de Kéroual, situé à la sortie de Brest. C'est un site superbe qui se prête bien à cette activité. quand on court avec un ami, qu'on a une légère...euh, enfin quelques kilos superflus et par ailleurs des difficultés respiratoires, il est difficile de parler. Donc pendant la course, on réfléchit. C'est vite fait d'ailleurs car cette course ne dure jamais plus de cinq minutes...avant une pause où l'on marche pendant un bon quart d'heure. Et pendant ce quart d'heure on parle. En parlant de nos activités associatives, j'aborde avec mon pote René cette nouvelle idée qui me trotte dans la tête. Créer dans l'association une troupe de théâtre amateur. En fait ce n'est pas notre coup d'éssai à René et moi. Ayant oeuvré auparavant dans une association de parents d'élèves, nous avions monté quelques spectacles plutôt destiné aux enfants de l'école. La première pièce était une version moderne, revue et corrigée du petit chaperon rouge. La seconde pièce, que j'avais écrite s'appelait "Tintin chez les tits zefs", une aventure qui déplaçait notre petit reporter d'Hergé vers notre très chère pointe de Bretagne, puisque "tit Zef" était le surnom donné aux brestois, terme d'ailleurs aujourd'hui tombé en desuétude . Ces spectacles avaient lieu dans l'école, sauf pour la troisième et dernière, que nous avions joué pour la première fois en salle de spectacle et qui s'appelait "sous les ponts de Paris", une pièce qui racontait l'histoire de clochards ayant trouvé un enfant dans son landeau.Il faut dire que chaque préparation de pièce nous avait passionnée et que l'aventure s'étant terminée car nos enfants avaient quitté l'école, il fallait, en quelque sorte, trouver autre chose.
A l'époque, René m'avait amené à l'aider dans un groupe de jeunes maquettistes du club, ce qui constituait alors ma seule activité dans l'association, mise à part ma participation au conseil d'administration. L'association employait un salarié permanent, ayant fonction d'animateur et qui par chance, dans una autre ville avait servi dans une municipalité où il lui arrivait souvent d'accompagner un groupe de théâtre, et qui effectuait donc un rôle proche de celui de régisseur. Lorsqu'on lui parla de notre projet, il fut tout de suite emballé par notre projet et nous fit connaître son expérience dans ce domaine, qui était bien supérieure à la nôtre, à laquelle on ne pouvait même pas donner encore le statut d'"amateur". Il était tellement partant dans cette aventure qu'il proposa d'animer l'activité qui démarrera très rapidement puisque plusieurs nouveaux adhérents s'inscriront dans cette nouvelle activité.
C'est donc là que je vais apprendre comment peut fonctionner une troupe de théâtre amateurs, les exercices, le choix des pièces, la distribution des rôles, le mouvement sur scène. A cette époque le choix de l'animateur s'était porté sur la pièce de Jean Anouilh , " la valse des toréadors" dans laquelle j'avais le rôle de Léon St pé, une sorte de vieux vicelard, ce qui ne pouvait donc n'être qu'un rôle de composition.
Lecture à l'italienne: c'est la première fois que j'entends ce terme. Tous les comédiens lisent le texte, ou du moins le rôle qui leur a été proposé. Puis c'est l'apprentissage du texte. J'ai pris soin de surligner mes propres répliques d'une certaine couleur et les fins de répliques qui les précédent d'une autre couleur. Cette opérationest assez angoissante car c'est là qu'on mesure la tâche à réaliser et qu'on se rappelle les efforts nécessaires pour apprendre une poésie autrefois à l'école.
L'animateur a donné un certain nombre de page à apprendre. Pour la première séance, le texte sur scène est autorisé; ça tombe bien pour débuter je suis assis derrière un bureau.
Premiers pas sur scène; l'animateur explique le côté cour, le côté jardin et pose le décor dans ses grandes lignes. Provisoirement, une vieille table me servira de bureau. Cela est bien loin maintenant et j'avoue que l'image est floue.
Je me souviens bien mieux de la première représentation. Losque le rideau s'ouvre, je suis seul sur scène, assis à "mon" bureau. Ma femme (dans la pièce) est dans une chambre avoisinante et me fait une scène ...de ménage. Je réponds en récitant mes répliques, mais je suis obsédé par ma jambe droite qui tremble et que je ne parviens pas à contrôler. Au bout d'un moment, las d'entendre ma femme me faire des reproches, je me lève pour aller claquer la porte de la chambre. ouf, ma jambe a cessé de trembler, mais en claquant cette maudite porte, le tableau fixé sur le décor, à quelques centimètres de moi, tombe au sol provoquant bien entendu l' hilarité du public, et m'amenant un sourire qui va permettre de diminuer un peu mon trac. cela n'empêchera pas l'oubli de quelques répliques qui priveront ma partenaire "pseudo épouse" d'une partie de son texte. Elle pourra ainsi continuer à me faire des reproches...mais en coulisse cette fois.
La saison suivante, l'animateur nous propose l'oeuvre d'Eugène Sue, "Les mystères de Paris", avec un nombre assez imposant de personnages. Pour ma part, j'aurai droit au rôle de l'horrible maître d'école, une fois encore un rôle de composition car je n'ai jamais été... maître d'école. Comme il y a plusieurs tableaux et que les moyens sont très limités, les décors sont succints, mais l'image de l'ensemble est finalement très réussie grace surtout aux costumes que chacun s'est appliqué à soigner. par ailleurs on a la participation d'une accordéoniste qui améliore encore la qualité du spectacle.
Un nouveau projet suit toujours une pièce qui s'arrête. On est toujours un peu frustré au bout de la troisième représentation et on se dit qu'on aurait encore prolongé le plaisir. Cependant, dans le théâtre amateur, il n'y a pas de contrat et les fin de saisons sont marquées par des départs volontaires ou involontaires, mettant à mal la continuation du programme.
Une autre pièce agréable à jouer fût la pièce de Labiche, "La poudre aux yeux", où nous avions fait de gros efforts dans les décors et les costumes.Jouer du Labiche apporte une sorte de jubilation supplémentaire qui ne surprendra pas les amoureux de ce type de théâtre.
Après ces années plaisir, une année noire! Le départ de l'animaeur va mettre en péril la troupe. cependant, quelques uns d'entre nous décident de continuer malgré tout. Tout est désorganisé, il faut tout reprendre à zéro. Nous optons pour la pièce "Je veux voir Mioussov", une oeuvre assez difficile et je fais mes premiers pas de metteur en scène, tout en ne faisant pas l'unanimité dans le groupe. La corde est trop raide et l'équilibriste trop mauvais. Des spectateurs attendent sa chute, ce qui ne manquera pas d'arriver...et Mioussov ne viendra jamais. La saison théâtrale se terminera donc pour la première fois sur un échec.
mais d'un échec sort toujours quelque chose de bon. Le groupe est réconcilié et prêt à de nouvelles aventures à la rentrée suivante. On décide de faire appel à un professionnel, Ludovic, qui viendra nous aider à monter une pièce de Monsieur Molière, lui-même, le médecin malgré lui. Au début, on a fait un peu la moue, avec tout le respect que l'on doit à Monsieur Pocquelin. Jouer du Molière, ça fait un peu scolaire! Mais Ludo nous a vite persuadé du contraire et ce n'est pas moi qui dirai autre chose. Jouer Sganarelle, c'était le pied! Aujourd'hui, avec le recul, je peux dire que cette pièce a été celle où je me suis le plus éclaté.
Les saisons qui suivront seront un peu plus ternes; On joue "Le haut de forme" de De Fillippi, et après les pièces précédentes je trouve mon personnage un peu fadasse. fort heureusement l'équipe est toujours aussi sympa et la saison est tout à fait agréable
Si ma mémoire ne me fait pas défaut, il me semble que ce sera la dernière avec cette équipe.
Ce mois de Juin fût très difficile. La quasi totalité du groupe décidait de s'arrêter pour diverses raisons et ce n'est pas à cause de mésententes ou autres griefs, mais tout simplement la lassitude de certains, le départ vers d'autres cieux pour d'autres. Au bout du compte, il ne restait plus que Jean et moi. La question à se poser était claire. non pas le célèbre "to be or not to be"mais plutôt "to stay or to go"; partir ou rester" pour ceux qui ne comprennent rien à la langue de Shakespeare.
Ma décision fût très rapidement prise:Créer un nouveau groupe, que j'animerai moi-même et me lancer dans la mise en scène. Jean était partant pour cette nouvelle aventure et il nous restait donc à trouver de nouveaux comédiens pour cette nouvelle troupe. Dès le mois de Septembre, nous étions une poignée. Ce qui était drôle est que les gens ne se connaissaient pas pour la plupart. Jean était d'une très grande timidité et je ne pouvais donc pas compter sur lui pour mettre les nouveaux arrivants à l'aise. moi je devais jouer un nouveau rôle, celui de l'animateur qui a des connaissances très poussées dans ce domaine tout en sachant qu'elles sont limitées, sans qu'il le laisse entendre.; mais finalement, tout se passera très bien. De cette équipe aujourd'hui, il en reste peu
On bout de quelques semaines nous avions l'équipe révée, avec 4 garçons, 4 filles et donc des effectifs permettant une gamme d'oeuvres théâtrales importante. Le choix portera sur la pièce "J'y suis, j'y reste, une pièce de boulevard "classique", un brin ringarde, mais pas trop compliquée. Je fais finalement mes premiers pas dans la mise en scène et cette fois-ci, ça marche! Lapièce jouée en Juin sera un succés et ce succès va faire augmenter les effectifs la saison suivante et bientôt à nouveau la nécessité de préparer 2 pièces avec donc, 2 metteurs en scène
Il serait fastidieux de raconter le déroulement dans les saisons qui ont suivi de toutes les pièces jouées. Aussi les propos qui vont suivre concernent plutôt les anecdotes qui font les joies d'une troupe de théâtre amateur, sur scène et hors de la scène. Le grand bon moment de l'année, pour toute la troupe, était le week-end en gîte, destiné à pouvoir travailler sur les pièces en cours, faire des exercices et aussi, il faut bien l'avouer, passer une soirée conviviale ensemble. Cet événement avait lieu généralement en avril et les deux semaines précédentes, je devais mettre en place son organisation.
Cette tâche était plutôt ardue. ce n'était pas de trouver l'endroit, car nous allions pratiquement toujours au même lieu, une vieille batisse en pierre en centre finistère, mais modernisée sans en casser le cachet et évidemment aux normes pour recevoir des groupes. Elle ést par ailleurs assez éloignée des autres maison et ceci fort heureusement car il faut bien avouer qu'on faisait pas mal de bruit jusque tard dans la nuit, tous réunis dans la salle autour d'un ecran de télé pour un karaoké sans fin...enfin presque, puisque les théâtreux amateurs quittaient peu à peu cette grande salle pour rejoindre leur lit, les plus jeunes se laissant parfois tenter par une nuit blanche, mais ils savaient qu'il faudrait être présent pour le travail en salle du dimanche matin.
La vraie difficulté était de savoir...ce qu'on allait manger, et entre les "j'aime pas ça" ou les "je préférerais autre chose", il était bien difficile de trouver des repas qui conviennent à tout le monde. Ces week-end en gîte se passaient toujours bien finalement, même si il y avait des tire au flanc pour ne pas accomplir de tâches ménagères. Il fallait pourtant rendre les lieux propres et rangés à notre départ.
La troupe de théâtre est un groupe de femmes et d'hommes qui se rencontrent dur un projet commun et bien sûr il se crée des liens, pas toujours platoniques, et il a bien fallu aussi suivre quelques feuilletons ou les couples se formaient puis cassaient, puis d'autres repartaient...Bref, la vie quoi !
Je serais bien incapable de me rappeler tous les visages des comédiens amateurs qui sont passés dans cette troupe. Bien sûr, il y a ceux avec qui on a eu plus d'attaches ou qu'on a connu plus longtemps, d'autres parce qu'ils font partie des derniers. Il fait dire que le nombre doit être très important, et si je devais en donner un, je pense qu'on ne doit pas être loin de la centaine.
La pièce " La perruche et le poulet" avait été un peu juste au niveau des répétitions et pour ne pas décevoir les comédiens amateurs, j'avais pris la décision de jouer quand même. Ce manque de préparation nous a semblé immense, dès qu'on a commencé à la jouer. Fort heureusement le plublic nous était tout acquis et s'était bien amusé, peut-être même plus que si nous avions bien joué. Les représentations suivantes seront fort heureusement plus conformes au texte.
Une des expériences intéressantes a été l'écriture d'ue pièce que j'ai intitulé "les fils de l'île". Cette comédie relate la rencontre d'un père malade et de ses trois fils sur une île qui est le seul héritage que le père a à léguer. Cette pièce constituée de 10 personnages, 5 hommes et 5 femmes, permettait à tous de jouer avec des rôles équilibrés, ce qui est parfois difficile à trouver. Après lecture le groupe d'alors décidait de la présenter. j'en assurais la mise en scène, mais exceptionnellement, je ne jouais pas sur scène. Cette pièce encontrera un grand succès, puisqu'on en parle encore dans d'autres troupes et on m'a encore demandé il y a peu de temps si il était possible de la jouer.
Puis c'est le temps qui passe, une certaine lassitude qui s'installe, l'envie de faire du théâtre autrement, sortir enfin d'un théâtre de boulevard, certes amusant, mais qui a la longue ne présente plus à mes yeux grand intérêt. Je souhaite depuis longtemps jouer à nouveau une pièce classique qui ne viendra pas. Je décide alors de m'arrêter. Dans un premier temps, j'informe la troupe que je ne vais plus assurer l'animation. Je passe la saison dans le rôle de Paul , un pique assiette qui s'invite chez un ami dans la pièce "Appelle - moi Papa" .
Après quelques temps, je renoue avec le théâtre, mais d'une autre façon. en Septembre 2008, je crée un groupe de théâtre destiné aux ados, à partir de 12 ans. Une première pièce est en préparation et si tout va bien, elle sera jouée en Jun 2009.